On pourrait dire, sans trop se casser la tête, que ce groupe de hip-hop sud-africain, l’un des rares à être multiracial, avec deux Noirs et deux Blancs, incarne à la perfection la «nouvelle» Afrique du Sud. Et s’il fallait se contenter de clichés, on pourrait aussi remarquer qu’avec le groupe de rap blanc Die Antwoord («la réponse»), basé au Cap, et le groupe de rock noir BLK JKS (prononcer Black Jacks), actif à Soweto, Tumi And The Volume brouille définitivement les cartes raciales, toujours importantes dans la musique sud-africaine. Si l’on ne tient pas compte de l’exception qu’est resté Johnny Clegg, le «Zoulou blanc», avant eux, il y avait les vieux folkeux et les jeunes rockeurs blancs d’un côté, et puis la majorité noire de l’autre, active dans la variété, le jazz, le gospel, les musiques traditionnelles, mais aussi le kwaito, la house music noire qui a explosé à la fin de l’apartheid.
«Filon». Mais comme rien n’est simple en Afrique du Sud, il se trouve que Tumi And The Volume ne fait pas que du hip-hop, n’est pas vraiment sud-africain, ni non plus un groupe, dans la mesure où chacun de ses membres vit sa vie séparément… Tumi, MC, Sud-Africain noir, basé à Jo’burg, possède un studio et suit en parallèle une carrière solo. Dave, bassiste, Sud-Africain blanc, travaille dans l’informatique et passe le plus clair de son temps à Vancouver, au Canada. Tiago, guitariste, Mozambicain blanc, ancien graphiste de pub, tourne un premier court métrage à Maputo, d’après un roman de Camus. Avec son ami Paulo, batteur, Mozambicain noir, il joue aussi dans un autre groupe…
Pour finir, Tumi And The Volume verse aussi dans le jazz, la house et, parfois, l’impro la plus expérimentale. Le groupe a très bien compris qu’il est un produit et qu’il opère dans une industrie. Tiago dit parfois «the brand» (la marque), au lieu de «the band» (le groupe). Mais pas question de jouer les ambassadeurs, ou de se laisser prendre au piège de sa propre institution. Le côté multiracial ? «C’est devenu frustrant quand on en a fait un point focal, affirme Tiago. Les médias veulent toujours raconter une histoire. Si on avait eu d’autres personnalités, on n’aurait pas hésité à exploiter ce filon, carrément. Nous, on fait de la musique. Ce qui nous libère, c’est de faire ce qu’on n’attend pas de nous sur scène.» Libération |